Uganda, August 2025 (French version)
Aperçu du développement du secteur rizicole en Ouganda
- Peter Dhamuzungu est le point focal (PF) de la Stratégie Nationale de Développement Rizicole (SNDR) pour l’Ouganda. En tant que PF, il est chargé de coordonner toutes les activités de la Coalition pour le Développement du Riz en Afrique (CARD) en Ouganda.
Dans cet entretien, M. Dhamuzungu présente un aperçu du secteur rizicole ougandais en expliquant la situation actuelle de la production et de la demande de riz, les défis rencontrés, ainsi que les perspectives pour atteindre l’objectif fixé d’accroître la production et réduire la dépendance aux importations.
L’entretien a été mené par le Conseiller Régional Principal de la CARD en charge de l’Ouganda, à l’hôtel Fairway à Kampala, lors de l’élaboration des notes conceptuelles de la SNDR.
Aperçu du secteur rizicole en Ouganda
La production rizicole en Ouganda constitue un secteur important : le riz est la deuxième céréale la plus produite après le maïs, en termes de volume. La culture du riz est pratiquée principalement par de petits exploitants agricoles pour l’alimentation et comme source de revenu. La production nationale de riz est estimée à 200 000 tonnes, couvrant seulement environ 60 à 70 % des besoins du pays. La majorité de cette production provient de petits exploitants, bien que certains projets encouragent l’agriculture commerciale afin d’augmenter les rendements.
Des variétés améliorées telles que NERICA 4 et NAMCHE 5, entre autres, sont tolérantes à la sécheresse et résistantes aux maladies, ce qui les rend adaptées au climat ougandais.
La consommation de riz en Ouganda augmente de 4 % par an, stimulée par l’urbanisation croissante, l’évolution des préférences alimentaires et la croissance démographique. En moyenne, un Ougandais consomme environ 5,6 kg de riz par an, un chiffre nettement inférieur à la moyenne mondiale de 50 kg par habitant. La consommation annuelle de riz dans le pays est estimée entre 346 309 et 350 000 tonnes.
Perspective historique de la culture du riz
Le riz a été introduit en Ouganda au début des années 1900 sous forme de produit décortiqué destiné à la consommation. Par la suite, les Indiens ont introduit des variétés de riz aromatiques cultivées en conditions pluviales dans les bas-fonds à la même période. Toutefois, certaines sources suggèrent que des commerçants portugais auraient introduit le riz en Afrique de l’Est dès le XVIᵉ siècle.
Dans les années 1920, le gouvernement britannique a mis en place des fermes expérimentales pour promouvoir la culture du riz en Ouganda, en ciblant les climats de l’est et du nord du pays.
Dans les années 1970, des initiatives chinoises ont conduit au développement de périmètres rizicoles et à l’introduction de variétés semi-naines telles que Kaiso (K5, K85 et K98).
Comparaison du riz avec d’autres cultures de base
Le gouvernement ougandais a fait du riz une denrée stratégique. Il est consommé à la fois comme aliment de base et comme culture de rente. Son importance peut être comparée à celle d’autres cultures vivrières de base en termes de sécurité alimentaire, de valeur économique et d’adaptabilité.
Bien que le maïs, le sorgho, le manioc et la patate douce soient largement cultivés et consommés comme cultures vivrières principales, le riz s’impose de plus en plus comme un acteur clé de la sécurité alimentaire, apprécié pour sa polyvalence et sa valeur économique.
Les principaux acteurs du secteur
- Rizeries : entreprises privées investissant dans des équipements de mouture multi-étages pour produire du riz de haute qualité.
- Commerçants : collecteurs et négociants qui achètent le riz auprès des agriculteurs et le revendent aux transformateurs ou aux consommateurs.
- Transformateurs : entreprises qui transforment le riz pour la consommation nationale et l’exportation.
- Petits exploitants et organisations paysannes : pilier de la production rizicole en Ouganda, souvent organisés en coopératives ou associations afin de renforcer leur pouvoir de négociation et leur accès aux marchés.
Niveau actuel de la production nationale de riz par rapport à la demande intérieure. L’Ouganda est-il autosuffisant ou dépendant des importations ?
La production rizicole actuelle de l’Ouganda est d’environ 200 000 tonnes par an, tandis que la demande intérieure est estimée à 350 000 tonnes par an. Cela laisse un déficit significatif d’environ 150 000 tonnes, partiellement comblé par les importations. En effet, les importations couvrent entre 20 % et 45 % de la demande nationale en riz. Globalement, le pays n’est pas autosuffisant.
Défis et opportunités
1. Trois principaux défis auxquels les riziculteurs sont confrontés
Malgré sa croissance, la productivité du riz demeure faible en raison : du manque d’irrigation, du faible niveau de mécanisation, de l’accès limité aux intrants agricoles améliorés tels que les semences et les engrais.
2. Principales contraintes rencontrées par les chercheurs
Les chercheurs en riz en Ouganda sont confrontés à plusieurs obstacles qui entravent le développement et la diffusion de technologies rizicoles améliorées. Parmi les principales contraintes :
- Le financement insuffisant de la recherche et du développement limite la capacité à mener des études approfondies, à développer de nouvelles variétés et à diffuser les technologies auprès des producteurs.
- Le manque d’infrastructures modernes de recherche (laboratoires, serres, équipements) réduit la capacité à mener des recherches de qualité et à mettre au point des variétés améliorées.
3. Défis liés au remplacement du riz importé par du riz local
Le remplacement du riz importé par du riz local en Ouganda se heurte à plusieurs difficultés :
Les rendements rizicoles en Ouganda restent très faibles (en moyenne 2,5 tonnes/hectare), comparés à d’autres pays comme la Tanzanie.De nombreux agriculteurs n’ont pas accès à des semences de qualité, ce qui entraîne de faibles rendements et une mauvaise qualité des récoltes. Les infrastructures routières insuffisantes et les capacités de stockage limitées compliquent l’acheminement du riz vers les marchés, provoquant des retards et une hausse des coûts. Le riz local est souvent en concurrence avec le riz importé, ce qui peut faire baisser les prix et réduire les revenus des agriculteurs. Les producteurs ont du mal à obtenir des crédits abordables en raison de critères d’éligibilité stricts et de taux d’intérêt élevés. La méconnaissance des bonnes pratiques post-récolte entraîne une qualité médiocre des grains, réduisant les revenus potentiels et les volumes commercialisables.
Initiatives visant à promouvoir la consommation de riz local par rapport au riz importé
Des efforts sont déployés pour développer les marchés nationaux et internationaux du riz local, notamment par la mise en place d’usines de transformation du riz et la promotion de la compétitivité sur le marché. Le gouvernement a mis en œuvre des politiques telles que l’instauration de taxes sur le riz importé afin d’encourager la production nationale.
Opportunités de croissance et d’amélioration dans l’industrie rizicole en Ouganda
L’industrie du riz en Ouganda présente d’importantes opportunités de croissance et d’amélioration, portées par l’augmentation de la demande intérieure, liée à la croissance démographique, à l’urbanisation et à l’évolution des habitudes alimentaires.
CARD et la SNDR
L’adhésion de l’Ouganda à la Coalition pour le Développement du Riz en Afrique (CARD) offrirait plusieurs avantages, notamment :
- Partage des connaissances : CARD fournit une plateforme pour le partage d’expériences, le renforcement des capacités et le transfert de technologies, permettant à l’Ouganda de tirer profit des bonnes pratiques et des expériences d’autres pays dans le développement du riz.
- Soutien politique : Les initiatives et plaidoyers politiques de CARD contribuent à orienter les politiques agricoles de l’Ouganda, créant ainsi un environnement plus favorable à la production et au commerce du riz.
Solutions mises en place par la SNDR pour stimuler la production et améliorer la compétitivité du riz local
La stratégie met l’accent sur : l’amélioration des normes de qualité des semences, l’élargissement de l’accès aux marchés, le développement du capital humain, le renforcement de la durabilité du secteur.
La SNDR vise à améliorer l’accès des producteurs aux marchés, à renforcer les liens commerciaux et à promouvoir la valeur ajoutée afin d’accroître les revenus et la compétitivité des riziculteurs.
La stratégie insiste également sur le renforcement des capacités des producteurs, des agents de vulgarisation et des autres parties prenantes afin d’améliorer la coordination le long de la chaîne de valeur rizicole.
Enfin, la SNDR promeut des pratiques durables, une agriculture résiliente au climat et une utilisation efficace des ressources pour assurer la pérennité à long terme du secteur rizicole.
Durabilité et perspectives d’avenir dans le pays et la sous-région
Pour assurer une production rizicole durable en Ouganda et dans la sous-région, plusieurs mesures sont en cours :
À court terme, il s’agit notamment de :
- Améliorer les rendements rizicoles grâce à des pratiques agricoles durables, au développement de l’irrigation et à l’accès à des semences et engrais de qualité.
- Renforcer les liens commerciaux et promouvoir la valeur ajoutée afin d’accroître les revenus des producteurs et leur compétitivité.
À long terme, il s’agit de :
- Développer et promouvoir des systèmes de production rizicole durables, résilients face aux changements climatiques, préservant les ressources naturelles et réduisant l’impact environnemental.
- Encourager un investissement accru dans les infrastructures d’irrigation, la recherche et le développement ainsi que le renforcement des capacités pour soutenir une production rizicole durable.
- Coopération régionale : Promouvoir la coopération et le partage de connaissances au niveau régional afin de relever les défis communs et de saisir les opportunités liées à la production et au commerce du riz.