Guinea, January 2026 (French version)

Entretien avec le point focal de la Guinée 

Vers une culture durable du riz pour une Guinée prospère
  • Le riz une tradition ancienne, un enjeu stratégique

La riziculture en Guinée possède des racines profondes dans l’histoire agricole du pays. La Guinée fait partie des régions d’origine et d’expansion de l’Oryza glaberrima, le riz africain traditionnel. C’est ainsi que depuis les années 1960-1980, le riz s’est imposé comme la principale culture vivrière nationale, devenant un élément central de la sécurité alimentaire. Aujourd’hui, le riz reste un pilier essentiel du système alimentaire guinéen.

 

  • Le riz, leader incontesté parmi les cultures céréalières

Le riz occupe une place prépondérante dans la vie quotidienne des Guinéens. Il représente la première culture vivrière en termes de superficie cultivée, de main-d’œuvre mobilisée et de volume de production. Cultivé dans toutes les régions du pays — Basse Guinée, Moyenne Guinée, Haute Guinée et la Forêt — il constitue également une source majeure de revenus pour les ménages ruraux. La commercialisation du riz leur permet de couvrir leurs dépenses alimentaires, vestimentaires, scolaires, ainsi que d’autres besoins essentiels.

 

  • Une production en croissance, mais encore insuffisante face à la demande

Entre 2005 et 2023, les superficies cultivées ont connu une modeste progression, passant de 1 483 148 hectares à 1 605 962 hectares, soit une hausse de seulement 8 %. Cette stagnation s’explique par des défis tels que la faible fertilité des sols, l’enherbement excessif, l’accès limité aux intrants et aux facteurs de production. La production a augmenté de 72 %, passant d’environ 1,5 million à 2,57 millions de tonnes. Cependant, le rendement moyen reste faible environ 1,6 tonne par hectare bien en dessous de la moyenne Africaine et mondiale, qui se situe autour de 2t/ha pour le pluvial et de 4 à 5 tonnes/ha pour l’irriguée. Pour améliorer la stagnation de la productivité du riz, le gouvernement encourage des subventions pour améliorer l’accès aux intrants. La consommation intérieure, estimée à 115 kg par habitant par an, n’est pas encore satisfaite par la production locale, obligeant la Guinée à importer environ 800 000 tonnes de riz par an pour combler cet écart.

 

  • Défis majeurs et opportunités à saisir

Malgré des efforts soutenus par les autorités, le secteur rizicole fait face à de nombreux obstacles: des systèmes d’irrigation insuffisants, un manque de routes rurales de qualité pour relier les zones de production et de commercialisation, un accès difficile aux intrants, une mécanisation limitée, un financement insuffisant et un manque de ressources humaines qualifiées au sein de l’Institut de Recherche Agricole (IRAG). La logistique est également un frein à l’innovation nécessaire pour relancer le secteur.

Néanmoins, la Guinée possède de vastes terres agricoles, notamment des plaines et zones aménageables, offrant un potentiel considérable pour la riziculture irriguée ou pluviale. La préférence du consommateur guinéen pour le riz local est également une opportunité à exploiter, favorisant ainsi le développement d’une production nationale compétitive.

 

  • Substitution du riz importé : un défi à relever

Bien que la demande intérieure en riz soit en augmentation, la préférence des consommateurs pour le riz local reste forte, notamment en zone urbaine où malgré ce fait la consommation de riz importé demeure élevée. Plusieurs initiatives, soutenues par l’État et partenaires internationaux — telles que le Programme de Développement de la Chaîne de Valeur du Riz, le Projet de Promotion de la Production et de Commercialisation du Riz en Basse Guinée, et SARITEM (Système de culture du riz dans l’écologie des mangroves) ont été lancées pour renforcer la production locale. Toutefois, la capacité de la filière à satisfaire la demande reste limitée, offrant encore un marché important pour les importations.

 

  • La Contribution de la CARD : un levier pour l’autosuffisance

Le partenariat avec la CARD est un atout majeur pour renforcer le secteur. La CARD contribue à l’amélioration des capacités techniques des acteurs, par la formation, des ateliers, des missions d’experts et des échanges entre pays. Elle soutient également le développement de la Stratégie nationale de développement de la riziculture (SNDR), qui vise à structurer la chaîne de valeur du riz dans la production, la transformation et la commercialisation afin de stimuler l’autosuffisance en riz.

En regardant vers l’avenir, il est crucial que la Guinée, en soutien au CARD, intensifie ses efforts pour la mise en œuvre efficace du NRDS, qui pourrait être la clé pour atteindre la souveraineté alimentaire en Afrique subsaharienne. Ce soutien doit également inclure la formation des cadres ministériels, des chercheurs, des agents de vulgarisation et des organisations agricoles, ainsi que la mobilisation des financements nécessaires.

 

  • Perspectives d’avenir et mesures en cours

La Guinée a indéniablement un potentiel considérable pour renforcer son secteur rizif, à condition de surmonter les nombreux défis qui freinent sa croissance. La volonté politique, soutenue par des initiatives nationales et internationales, dont la CARD, ouvre des perspectives prometteuses pour une culture du riz plus efficace, durable et autosuffisante.

Cependant, le succès de cette ambition dépend de la mobilisation collective : modernisation des infrastructures, formation des acteurs, accès accru aux intrants et financements, ainsi qu’une implication accrue du secteur privé. En investissant dans ces domaines clés, la Guinée pourra non seulement répondre à sa demande intérieure, mais aussi accroître son potentiel agricole pour une prospérité durable.

C’est en ce sens que les mesures ambitieuses prises par le gouvernement visent : (i) accroître les investissements dans l’amélioration des infrastructures hydro-agricoles et les subventions pour l’accès aux intrants et équipements, et (ii) accroître l’implication du secteur privé, en particulier des importateurs, dans la production et la commercialisation du riz local. Ces mesures se reflètent dans des notes conceptuelles déjà élaborées à travers le prisme de la diversité des systèmes de production selon les écologies (terres hautes, irriguées, basses terres, mangroves, etc.). Toutes ces mesures visent à promouvoir durablement le secteur rizicole et, surtout, à atteindre les objectifs fixés dans le NRDS actuel.