Kenya, October 2025 (French version)
LE CHEMIN DU KENYA VERS L’AUTOSUFFISANCE EN RIZ :
PERSPECTIVES DE DR MARY MUTEMBEI, CHEFFE DU PROGRAMME DE PROMOTION DU RIZ AUSEIN MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DE L’ÉLEVAGE ET DU DÉVELOPPEMENT (MOALD) ET POINT FOCAL DE LA STRATÉGIE NATIONALE DE DÉVELOPPEMENT DU RIZ (NRDS)
Le riz gagne progressivement du terrain dans le système alimentaire kenyan. Autrefois culture mineure, il est aujourd’hui la troisième céréale la plus importante après le maïs et le blé, avec une demande en hausse de plus de 10 % par an, sous l’effet de l’urbanisation, de la croissance démographique et de l’évolution des habitudes alimentaires. Des champs côtiers des années 1870 aux ambitieux objectifs d’autosuffisance d’aujourd’hui, le riz a parcouru un long chemin au Kenya. La consommation est en plein essor, les importations dominent le marché et les agriculteurs s’efforcent de rattraper leur retard. Dans cette interview exclusive, le point focal de la SNDRNRDS du Kenya, Dr Mary Mutembei, nous fait découvrir le parcours du riz dans le pays, son histoire, ses obstacles et ses espoirs pour un avenir plus résilient et plus compétitif.
1. APERÇU GÉNÉRAL DU RIZ AU KENYA
Comment le riz est-il produit et consommé au Kenya
Au Kenya, le riz est une culture alimentaire importante, classée au troisième rang des céréales de base. Près de 80 % du riz produit au Kenya proviennent des zones irriguées. La production de riz au Kenya est estimée à 230 000 tonnes par an, mais la production locale ne couvre que 20 % des besoins du pays. Malgré l’augmentation des volumes de production et des rendements, due à des initiatives gouvernementales, à de nouvelles variétés de riz, à des infrastructures et à des techniques agricoles améliorées, la consommation a fortement augmenté en raison d’une demande croissante, due à une augmentation de la population, à l’urbanisation et à des changements dans les habitudes alimentaires, en particulier chez les jeunes. Cette augmentation de la demande est plus rapide que l’augmentation de la production locale, créant ainsi un déficit annuel de près de 80 % qui est généralement comblé par des importations. Les consommateurs privilégient principalement les grains longs, minces et non collants. En outre, le riz aromatique a un marché de niche et se vend normalement à un prix supérieur à celui du riz non aromatique.
L’histoire de la culture du riz au Kenya et le moment où il est devenu une culture de base
La culture du riz en Kenya remonte aux années 1870, parmi les communautés côtières le long de la côte kenyane, même si les premières mentions officielles de la culture de cette plante remontent à 1907. Toutefois, le riz n’a pas reçu beaucoup d’attention avant les années 1950, lorsque 2 000 ha du périmètre de Mwea ont été développés dans le centre du Kenya. La production de riz de subsistance reste une pratique courante dans la région côtière, où l’on cultive plus de 19 variétés traditionnelles. Le riz n’était pas considéré comme un produit agricole traditionnel, même s’il était inclus dans les plans de développement nationaux des années 1960 et 1970, période au cours de laquelle des investissements ont été réalisés dans le développement de l’infrastructure d’irrigation et l’introduction d’une variété aromatique dans le cadre du projet de Mwea. Cette situation a entraîné une augmentation rapide de la consommation de riz dans les années 1970, qui ne pouvait être satisfaite par la production locale, ce qui a conduit à des importations pour combler le déficit. En 1992, des droits de douane ont été imposés sur diverses marchandises, dont le riz, afin de limiter l’importation de produits bon marché ; les agriculteurs ont également bénéficié de prix minimums garantis pour encourager une production accrue. C’est également à cette époque que le gouvernement est intervenu dans le secteur de la rizerie, en installant une usine de transformation à Mwea, puis une autre à Kisumu, afin de répondre à la demande croissante de riz.
Le périmètre de Mwea est depuis devenu le plus grand projet d’irrigation pour la culture du riz du pays, avec 12 400 ha, et représente au moins 70 % de la production nationale. L’introduction de variétés améliorées a permis d’adopter le riz comme culture commerciale dans ce périmètre à partir de 1997.
Une stratégie spécifique au riz a été élaborée en 2008, lorsque la première Stratégie nationale de développement du riz (2008-2018) a été mise en œuvre. La priorisation du riz en tant que culture stratégique de base durant cette période a permis d’attirer la collaboration et les partenariats d’organisations locales et internationales. Cette collaboration a permis d’atteindre des objectifs ambitieux en matière de production, avec une hausse de 47 256 tonnes en 2008 à 147 572 tonnes en 2018, et une augmentation de la productivité, avec des rendements passant de 2,87 tonnes par hectare à 4,28 tonnes par hectare en 2018. Cette progression est due à la formation des agriculteurs et à l’adoption de technologies améliorées. Parmi ces mesures, on compte l’augmentation de la mécanisation, l’adoption de variétés à haut rendement et résistantes aux aléas climatiques, de bonnes pratiques agricoles, ainsi que des méthodes de manutention et de meilleure trasnformation post-récolte.
La mise en œuvre de la deuxième phase de la SNDR 2019-2030 est en cours, avec pour objectif de faire passer le pays à l’autosuffisance et d’atteindre l’objectif de 2030, qui est d’augmenter la production de riz de 147 572 tonnes en 2018 à 1 301 000 tonnes d’ici 2030. En 2024, la production de riz s’élève à 304 003 tonnes, avec un rendement de 5,6 tonnes par hectare. Au cours de cette phase, la mécanisation de la chaîne de valeur du riz a augmenté, ce qui a permis d’accroître la production et d’améliorer la qualité du riz produit localement.
Bien que le maïs reste le principal aliment de base, la demande en riz a connu la croissance la plus rapide (plus de 10 % par an), ce qui en fait une culture essentielle pour la sécurité alimentaire et le développement économique du Kenya.
2. ACTEURS DU SECTEUR ET DYNAMIQUE DE LA PRODUCTION
Kenya’s rice value chain is largely driven by the private sector, with the government playing a regulatory and facilitative role through policy formulation, coordination, and development of strategies to guide rice development. Rice production is mainly undertaken by smallholder farmers with farm sizes ranging between 0.10 and 12.14 Ha (0.25 and 30 acres). Private actors dominate mechanization services along the rice value chain, agro-dealerships, financial services, processing, and marketing. Rice consumption is high in both rural and urban areas, though urban households remain the primary consumers. Kenya’s current rice production stands at approximately 230,000 tons per year, while domestic demand is estimated at over one million tons per year. Therefore, the local production meets only about 20% of the national demand. As a result, this leaves a significant annual deficit, leading the country to heavily depend on imports. Kenya imports approximately 770,000 tons annually, roughly 80% of its rice to meet its domestic needs, with the rice particularly imported from Asia (India and Pakistan being the primary Asian suppliers) and 1% from Tanzania.
3. DÉFIS ET OPPORTUNITÉS
Les riziculteurs kenyans sont confrontés à trois défis majeurs
- L’accès limité à des intrants de qualité, en particulier à des semences certifiées et à des engrais, reste un défi majeur.
- L’adoption de la mécanisation pour la préparation des sols, la récolte et les rizeries sont en hausse dans les zones irriguées. Toutefois , la mécanisation dans le nivellement des terres, du repiquage et du séchage est faible. De plus, la mécanisation est très limitée dans la culture pluviale le long de la chaîne de valeur.
- Insuffisance de l’eau d’irrigation et des financements
Pour les chercheurs, le manque de financement et la pénurie de scientifiques spécialisés dans le riz restent des contraintes importantes. Sur le marché, le riz local a du mal à rivaliser avec le riz importé en termes de prix et de qualité, ce qui réduit sa part de marché. Le riz local est généralement de qualité inférieure et plus cher que le riz importé.
Bien qu’il n’existe pas de campagne ciblée pour promouvoir la consommation de riz local, le gouvernement kenyan se concentre sur l’augmentation de la production locale en élargissant les surfaces cultivées et en encourageant la participation du secteur privé le long de la chaîne de valeur, entre autres interventions. On s’attend à ce que l’augmentation de la production fasse baisser le prix du riz local et stimule la consommation. La consommation de riz est également promue par le biais de la production et de la commercialisation de riz local par les institutions gouvernementales.
Actuellement, de nombreuses opportunités de croissance ou d’amélioration existent dans l’industrie rizicole kenyane. Il existe un important potentiel inexploité pour la production de riz, les investissements dans le secteur de la transformation, l’ajout de valeur au riz et aux sous-produits du riz, ainsi que la mécanisation des opérations de nivellement des terres, de transplantation et de manutention après la récolte.
4. RÔLE DE LA CARD ET DE LA STRATÉGIE NATIONALE DE DÉVELOPPEMENT DU RIZ (SNDR)
Principaux avantages de l’adhésion à la CARD
L’adhésion du Kenya à la CARD a été déterminante pour le développement de son secteur rizicole. Le soutien technique et financier de CARD a permis d’élaborer deux stratégies nationales de développement du riz (SNDR , phase 1 : 2008-2018 et phase 2 : 2019-2030), qui guident le développement du riz au Kenya. CARD a également soutenu la création d’un bureau du riz au sein du ministère de l’Agriculture afin d’améliorer la coordination et de renforcer la prise en compte du riz en tant que culture de base. CARD a également soutenu le développement de notes conceptuelles de projets pour faciliter la mobilisation des ressources. La SNDR , en tant que document de référence pour le développement du riz, attire le soutien d’organisations locales, régionales et internationales pour le développement des infrastructures, la mécanisation, la recherche, la formation, la création d’emplois et la mise en place de partenariats. Ces efforts concertés ont permis d’augmenter la production et la valeur du riz. Cela a permis d’accroître l’adoption de technologies de production améliorées et l’utilisation de semences certifiées. Il a également permis d’attirer des investissements du secteur privé, favorisant ainsi la diversification des moyens de subsistance et la création d’emplois tout au long de la chaîne de valeur du riz. CARD soutient actuellement le suivi des progrès réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de la SNDR et du développement général du Kenya.
Solutions mises en place par la SNDR pour stimuler la production et améliorer lacompétitivité du riz local
La deuxième phase de la SNDR 2019-2030 se concentre sur quatre objectifs stratégiques :
- a) l’expansion de la zone de production dans les écosystèmes irrigués et pluviaux ;
- b) Augmenter la productivité dans les zones irriguées et non irriguées ;
- c) diminuer les importations en augmentant la compétitivité du riz produit localement ;
- d) Promotion de la participation du secteur privé le long de la chaîne de valeur.
Quelques attentes envers le CARD
Le Kenya est toujours très dépendant des importations et figure parmi les pays les plus vulnérables aux chocs du marché mondial du riz. Nous espérons que CARD soutiendra la mobilisation des ressources et le développement de projets basés sur les notes conceptuelles de la SNDR pour rendre la production de riz autosuffisante d’ici la fin de la deuxième phase, en 2030.
5. DURABILITÉ ET PERSPECTIVES
Mesures prises pour assurer une production rizicole durable au Kenya et au niveau sous-régional, et pour augmenter la production rizicole à court et à long terme
Le Kenya collabore avec des acteurs locaux et internationaux pour développer et diffuser des technologies de production de riz améliorées, faciliter l’accès à des variétés de riz résistantes aux aléas climatiques et à haut rendement, promouvoir l’économie circulaire, comme l’utilisation de sous-produits du riz, tels que le biochar, et renforcer l’infrastructure de commercialisation. Le pays participe également activement à des interventions régionales en faveur du développement du riz.
Vous avez des questions sur l’agriculture inclusive ?
« Comment renforcer l’inclusion dans la chaîne de valeur du riz ? »
À l’avenir, il est essentiel de mettre l’accent sur une croissance inclusive et résiliente, afin que les petits exploitants, les femmes et les jeunes puissent bénéficier équitablement de l’expansion du secteur du riz.
“Enhancing rice value chain for job creation in Kenya”, KIPPRA article – 11th Jun 2025