Madagascar, September 2026 (French version)

Quand le riz raconte tout un pays

Entretien avec Monsieur Lovaniaina RAKOTONDRANAIVO

Point Focal SNDR à Madagascar – Directeur Général de l’Agriculture au Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire (MiASA)

 

Un agronome au parcours intimement lié au riz

À Madagascar, difficile d’être agronome sans croiser le chemin du riz. Pour Lovaniaina RAKOTONDRANAIVO, ce lien remonte même à ses années d’études : son mémoire de fin de cycle, en 2005, portait déjà sur la riziculture dans la plaine d’Antananarivo et ses dimensions hydroagricoles.

Après une première expérience dans le secteur privé, il rejoint en 2015 le Ministère en charge de l’Agriculture. Il dirigera notamment pendant six ans le Service Officiel de Contrôle des semences et matériels végétales (SOC), avant de devenir Directeur d’Appui à la Production Végétale (DAPV), puis Directeur Général de l’Agriculture (DGA) en avril 2026. Point Focal de la SNDR depuis juin 2024, son parcours professionnel est ainsi étroitement lié au développement de la filière rizicole malgache.

Au-delà d’être un agronome se cache aussi un artiste : passionné de musique et de son, il est également auteur-compositeur. Une autre façon, peut-être, de cultiver l’harmonie !

 

Une histoire de riz qui traverse les siècles

Le riz accompagne l’histoire de Madagascar depuis les premiers peuplements de l’île XVème siècle. Venus d’Asie du Sud-Est, les ancêtres des Malgaches ont emporté dans leur voyage bien plus que leurs traditions : ils ont aussi transmis leur savoir-faire dans la culture du riz. Au fil des générations, la riziculture s’est enracinée dans les paysages malgaches, des rizières en terrasses des Hautes Terres aux différentes zones de production du pays. Peu à peu, le riz est ainsi devenu bien plus qu’un aliment : un héritage, une tradition et un véritable marqueur de l’identité malgache, c’est la raison pour laquelle sa consommation est parmi les plus haut du monde avec 118kg/personne/an.

 

« Vary maina », « vary sosoa » et « laoka » : le riz à la malgache rythme la journée

S’il existe un produit qui raconte Madagascar, c’est bien le riz. Aliment de base des Malgaches, il peut être consommé trois fois par jour : le matin, à midi et le soir. La riziculture est elle-même pratiquée par une très large partie de la population.

À Madagascar, le riz accompagne les différents moments de la vie qotidienne. Le « vary maina », un riz relativement sec, est généralement consommé à midi. Le « vary sosoa », préparé avec davantage d’eau et à la texture plus tendre, est plutôt servi le matin et parfois le soir.

Et difficile d’imaginer le riz sans son « laoka », le mets qui l’accompagne et qui peut prendre de multiples formes selon les régions et les habitudes familiales. Au-delà du repas journnalier, le riz est également présent dans les cérémonies et les grands événements où des repas sont partagés.

Mais le riz se décline aussi sous bien d’autres formes dans la cuisine malgache. Il entre dans la préparation de nombreuses spécialités très appréciées, comme le « mofo gasy », le « mokary » ou encore le « koba » des douceurs sucrées à base de farine de riz. Du petit-déjeuner aux goûters et aux fêtes, ces préparations témoignent la richesse et la créativité de la cuisine malgache et de la place unique qu’occupe le riz dans la vie quotidienne.

 

Du Nord au Sud, une culture présente dans tout le pays

La particularité de Madagascar est que le riz est cultivé dans les 24 régions du pays, même si les conditions et les niveaux de production varient fortement. Plusieurs Régions ont été identifiées comme des pôles à fort potentiel rizicole, parmi lesquelles Alaotra-Mangoro, Boeny, Sofia, Menabe, Melaky, Analamanga, Itasy, Vakinankaratra, SAVA, Analanjirofo, Atsimo-Andrefana et Anosy.

Les systèmes de production rizicole sont également diversifiés, allant de la riziculture de bas-fonds irriguée ou sujette aux inondations à la riziculture pluviale pratiquée sur les terres de hauteur et dans les zones de bassins versants. Mais une part importante des rizières reste encore confrontée à une maîtrise insuffisante de l’eau et les pratiques traditionnelles demeurent largement répandues.

 

Mieux relier les zones de production aux zones de consommation

Un autre défi majeur concerne la distribution du riz à l’intérieur du pays. Alors que certaines régions peuvent enregistrer des excédents de production, d’autres, notamment dans le Sud, restent confrontées à une forte insécurité alimentaire. L’enclavement de plusieurs bassins de production et l’état des infrastructures routières compliquent l’acheminement du riz vers les zones qui en ont le plus besoin et multiplient les intermédiaires. L’amélioration des routes et des circuits de commercialisation apparaît ainsi comme un levier essentiel pour mieux connecter les zones de production aux marchés, fluidifier l’approvisionnement et renforcer la sécurité alimentaire à l’échelle du pays.

 

Produire plus et mieux : le grand défi

Madagascar possède une longue tradition rizicole et un important potentiel de production. Pourtant, le pays doit encore recourir aux importations pour combler les besoins domésriques. L’un des principaux défis est donc d’accroître durablement la productivité, à travers l’intensification, à l’amélioration des rendements et à une meilleure maîtrise de l’eau.

La mécanisation constitue un autre levier important pour faciliter le travail des producteurs et augmenter les superficies cultivées. Un autre défi incontournable pour la Grande Île consiste à renforcer la résilience de la riziculture face aux aléas climatiques, notamment aux cyclones, qui peuvent causer d’importants dégâts aux cultures.

 

Quand innovation rime avec tradition

Le changement est déjà en marche. De nouvelles techniques rizicoles sont progressivement diffusées auprès des producteurs, notamment à travers le PAPRiz et le Système de Riziculture Intensive (SRI). L’utilisation de machines agricoles, manuelles ou motorisées, se développe également, tandis que l’aménagement et la mise en valeur des bassins rizicoles figurent parmi les priorités.

La question de l’eau reste centrale. Comme le souligne le Point Focal, le défi n’est pas seulement sa disponibilité, mais surtout la capacité à mieux la maîtriser et la valoriser. La construction et la réhabilitation de barrages ainsi que les aménagements hydroagricoles constituent ainsi des axes majeurs d’intervention.

 

De la rizière à l’assiette : créer davantage de valeur

Produire davantage ne suffira pas : il faudra aussi mieux valoriser le riz malgache. Aujourd’hui, la transformation après décorticage reste limitée et une grande partie de la production est directement destinée à la consommation. Selon le Point Focal, le développement de nouveaux produits à base de riz représente donc une réelle opportunité, aussi bien pour créer de la valeur additionnel que pour améliorer la dimension nutritionnelle de la consommation.

Un autre défi se situe entre la rizière et le consommateur. Certaines zones productrices restent difficiles d’accès, ce qui multiplie les intermédiaires et complique l’acheminement du riz vers les marchés. L’amélioration des infrastructures et des circuits de commercialisation sera donc également essentielle pour que les progrès réalisés dans les champs profitent pleinement aux producteurs et aux consommateurs.

 

Cap sur l’autosuffisance rizicole

À travers la mise en œuvre de la SNDR 3, Madagascar poursuit son ambition de progresser vers l’autosuffisance en riz et de valoriser pleinement son potentiel rizicole. Membre de la CARD depuis son lancement en 2008, le pays bénéficie depuis près de deux décennies de son accompagnement dans la planification stratégique du secteur. La CARD a notamment accompagné Madagascar dans l’élaboration de ses trois générations successives de SNDR, en facilitant la concertation entre les acteurs, la définition des priorités et la mobilisation des partenaires autour du développement de la filière.

Aujourd’hui, la SNDR 3 poursuit cette dynamique en mettant l’accent sur l’intensification de la production, la mécanisation, l’aménagement des bassins rizicoles, l’accès aux intrants et l’implication du secteur privé.