Central African Republic, June 2026 (French version)

Au cœur de la riziculture en République Centrafricaine

Entretien avec Madame Sylvie Solange NDODET BETIBANGUI, Point Focal Task Force SNDR, Chargée de Mission en matière d’Agriculture (CMA)

 

Une consommation de riz en pleine mutation en Centrafrique

En République Centrafricaine, les habitudes alimentaires connaissent une profonde transformation. Longtemps réservé aux fêtes et aux cérémonies, le riz s’invite désormais dans le quotidien des Centrafricains, jusqu’aux cantines scolaires. Sa facilité de préparation et l’évolution des modes de consommation lui ont permis de s’imposer progressivement. Selon le Point Focal, il est aujourd’hui la deuxième denrée alimentaire la plus consommée après le manioc. La demande croissante de riz se traduit par une augmentation progressive de la consommation par habitant, estimée être passée d’environ 4,5 kg à près de 7,5 kg par personne et par an. Cette tendance laisse entrevoir une hausse continue de la demande nationale en riz blanchi. Toutefois, la production nationale demeure insuffisante pour répondre à cette évolution, ce qui entraîne un recours important et persistant aux importations pour satisfaire les besoins de consommation.

 

Une production dispersée sur plusieurs bassins agricoles

La culture du riz est pratiquée dans différentes zones du pays, notamment à Sakai, Bozoum, Bambari, Kombot, Alindao et Pissa. Le secteur rizicole s’appuie sur trois écologies complémentaires : le riz pluvial, le riz de bas-fonds et le riz irrigué, ce dernier étant considéré par la SNDR comme le principal levier d’accroissement durable de la production nationale. Les producteurs cultivent principalement les variétés NERICA ainsi que des variétés locales adaptées aux conditions agroécologiques. Malgré des avancées notables, les systèmes de production restent majoritairement traditionnels et peu mécanisés, freinant encore le développement du secteur.

 

Le riz au cœur de la culture alimentaire centrafricaine

Les Centrafricains consomment le riz sous diverses formes : plats traditionnels, bouillies, gâteaux, de crêpes, beignets ou encore boissons locales. Parmi les spécialités appréciées figure le « Gbari », une préparation associant le riz et le niébé. Toutefois, le riz blanc demeure la référence privilégiée dans les assiettes.

 

Des défis persistants pour les producteurs

Les producteurs doivent faire face à de nombreux défis : inondations, sécheresse, dégâts causés par les oiseaux, vieillissement des infrastructures et difficultés d’accès aux marchés. La transformation du riz est également un enjeu crucial, une grande partie de la production étant encore transformée de manière artisanale, limitant sa valeur ajoutée.

 

Un potentiel énorme pour réduire les importations

Le développement de la filière riz représente une opportunité majeure pour l’économie nationale. Les consommateurs apprécient le riz local et expriment souvent leur préférence pour les productions nationales lorsque celles-ci sont disponibles, ce qui pourrait contribuer à réduire la facture de l’importation. En effet, la République Centrafricaine importe actuellement environ 12 000 tonnes de riz blanc par an, pour une valeur estimée à près de 8,9 milliards de FCFA. Au-delà de la sécurité alimentaire, la filière pourrait créer des emplois ruraux et dynamiser le tissu économique local.

 

Une vision ambitieuse pour l’avenir

La République Centrafricaine dispose de nombreux atouts pour accélérer le développement de sa filière rizicole : des terres fertiles, des ressources en eau relativement abondantes et d’importantes superficies encore disponibles pour l’agriculture. Des innovations sont progressivement introduites, notamment le repiquage en ligne, l’amélioration des techniques culturales et le développement de l’étuvage.

 

Les attentes de la République Centrafricaine vis-à-vis de la CARD

Malgré ses efforts, la Centrafrique reste largement dépendante des importations pour satisfaire sa demande en riz. Le Point Focal insiste sur la nécessité de poursuivre le soutien de la CARD pour accélérer la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Développement Rural (SNDR) et concrétiser ses ambitions en matière de sécurité alimentaire.

Parmi les principales attentes figurent le renforcement de l’appui à la mobilisation des ressources pour financer les investissements prioritaires identifiés dans la SNDR, ainsi que l’accompagnement dans la formulation et la promotion de projets structurants susceptibles d’attirer l’intérêt des partenaires techniques et financiers.

Madame NDODET-BETABANGUI souligne également l’importance de la CARD comme plateforme de coordination, d’apprentissage et de partage d’expériences entre pays africains. À ce titre, la République Centrafricaine souhaite continuer à tirer profit des bonnes pratiques développées dans d’autres pays membres, notamment dans les domaines de l’aménagement des périmètres rizicoles, de la mécanisation, de la production semencière, de la transformation et de la commercialisation du riz.

« La CARD joue un rôle important dans le renforcement des capacités des acteurs de la filière et dans la mobilisation des partenaires autour de la mise en œuvre de la SNDR. Nous espérons poursuivre cette collaboration afin de développer davantage notre secteur rizicole et réduire progressivement notre dépendance aux importations », conclut le Point Focal.

 

Construire ensemble un avenir prometteur

Portée par une demande croissante, un potentiel agricole considérable et l’engagement des producteurs, la filière rizicole centrafricaine dispose des bases nécessaires pour jouer un rôle majeur dans la transformation du système alimentaire national.

« Le riz a un avenir prometteur en République Centrafricaine. Avec davantage d’investissements, de soutien technique et de coordination entre les acteurs, nous pouvons faire du riz un véritable moteur de développement économique et de sécurité alimentaire pour notre pays. »

 

CARD

Mme Sylvie Solange NDODET BETIBANGUI, point focal du groupe de travail NRDS, chargée de mission agricole