Senegal, November 2025 (French version)
Sénégal, pays où l’excellence et l’ambition façonnent un avenir rizicole prospère
Dr Waly Diouf, Coordonnateur du Programme National d’Autosuffisance en Riz (PNAR) et Point Focal de la CARD, responsable de piloter la « Pirogue Sénégal » vers l’autosuffisance en riz. Grâce à sa vision éclairée, sa rigueur inébranlable et son approche méthodique et disciplinée, il évalue les progrès et célèbre chaque succès, contribuant ainsi à mener le pays vers l’atteinte de ses objectifs.
Aperçu et Importance du riz au Sénégal.
Le riz est la céréale la plus consommée dans le pays, mais sa production reste insuffisante, entraînant des importations dépassant un million de tonnes chaque année. Aujourd’hui, une économie dynamique s’est développée autour de la filière riz, englobant divers secteurs tels que le conseil, les études, l’ingénierie, les banques, l’assurance, la mécanisation et le commerce, ainsi que la production et la transformation.
La modernisation de la production rizicole a commencé avec la création de la SAED [1]en 1965 et de la SODAGRI[2] en 1974, qui ont toutes deux promu la riziculture irriguée dans la vallée du fleuve Sénégal et à Anambé dans la région de Kolda. Il est important de noter que le riz était cultivé dans toutes les régions administratives du Sénégal. Cependant, les sécheresses des années 1970, combinées à l’intrusion de l’eau salée dans les terres fertiles proches des côtes, ont fait reculer la culture du riz en système pluvial. Ce déclin dans l’interland est également dû à l’insuffisance des recherches qui n’ont pas fourni aux agriculteurs des variétés adaptées aux changements climatiques, ainsi qu’à l’absence de conseils agricoles pour soutenir l’activité dans de nombreuses zones.
Cependant, grâce aux efforts déployés ces dernières années pour renforcer la place du riz dans l’économie, la production a connu une nette progression, passant de 559 022 tonnes en 2014 à 1 526 803 tonnes de paddy en 2023. Cette croissance est principalement due à l’augmentation des surfaces cultivées, qui sont passées de 134 973 hectares en 2014 à 398 193 hectares en 2023.
Demande intérieure en riz
La demande intérieure demeure difficile à évaluer. Les études ne s’accordent pas sur la consommation par habitant, avec des chiffres qui varient entre 70 kg et plus de 100 kg par personne et par an. Cela rend délicat le calcul du taux de couverture. Cependant, il est possible d’observer empiriquement une augmentation du nombre de personnes ayant atteint l’autosuffisance locale, ainsi qu’une disponibilité continue de riz local de bonne qualité tout au long de l’année sur l’ensemble du territoire national. Par ailleurs, les campagnes de promotion du riz local ont contribué à accroître l’intérêt pour celui-ci. Il faut noter la préférence du consommateur Sénégalais à l’endroit du riz brisé.
D’un autre côté, il convient de souligner que les importations demeurent élevées et peuvent même augmenter. Ainsi, à la fin octobre 2025, le stock de riz importé permettait de couvrir six mois de consommation, selon le ministre du Commerce. Pendant cette période, les rizeries de la vallée du fleuve Sénégal disposaient de stocks considérables de riz blanc. Cela illustre bien que les volumes d’importation ne sont pas nécessairement corrélés à l’évolution de la production nationale.
[1] SAED : Société d’Aménagement et d’Exploitation des terres du Delta du Fleuve Sénégal
[2] SODAGRI : Société de développement agricole et industriel du Sénégal
Défis et opportunités
Les principaux défis à relever de manière sérieuse comprennent, entre autres, la maîtrise de l’eau, l’accès à une mécanisation adaptée, la disponibilité d’intrants de qualité adaptés aux changements climatiques, le désenclavement des zones de production, l’accès à des infrastructures de stockage, ainsi que l’obtention de financements appropriés et de conseils de qualité. À ces défis, s’ajoutent des contraintes majeures, notamment le manque de ressources financières qui limite la recherche, bien que celle-ci dispose de spécialistes compétents. Il est impératif d’accroître les moyens financiers alloués aux services de recherche existants et d’en créer de nouveaux, tels qu’un centre national de recherche scientifique. Pour que la recherche soit performante, elle doit disposer de ressources financières suffisantes, de la possibilité de collaborer avec les plus grands centres de recherche mondiaux, ainsi que d’équipements adéquats.
Opportunités de croissance ?
L’ensemble de la chaîne de valeur regorge de segments à fort potentiel de croissance. Aucun maillon de de la chaine de valeur riz n’a couvert ce potentiel— que ce soit la recherche, la production, la récolte, la transformation agro-industrielle, la commercialisation ou les services — l’optimum de développement n’a encore été atteint.
Avantage d’intégrer l’initiative CARD
La CARD constitue l’instance privilégiée de rencontre pour tous ceux qui œuvrent à faire progresser la filière riz dans les pays membres de l’initiative. Elle facilite l’échange sur les bonnes pratiques et les échecs, tout en tissant des relations favorisant la collaboration et le développement de la filière. Avec le soutien de la CARD, les pays membres ont élaboré leurs stratégies nationales, qui se révèlent avant tout comme des outils permettant aux décideurs de prendre conscience des efforts nécessaires pour assurer une production suffisante. On observe que c’est notamment grâce à l’existence des SNDR que d’importantes ressources ont été mobilisées, contribuant à accroître la production. La CARD a également joué un rôle essentiel en aidant à la prise de décision dans le secteur privé, qui, conscient des opportunités offertes par la filière, a massivement investi dans la transformation et les services. Forte de cette mission bien pensée, la CARD doit continuer à remplir son rôle pour soutenir le développement durable de la filière riz.
Durabilité et perspectives d’avenir de la filière riz
Face aux défis des changements climatiques, nous avons mis l’accent sur la maîtrise de l’eau, le renforcement de la mécanisation et l’utilisation de semences climato-intelligentes pour garantir une production durable. Entre 2020 et 2023, quatre années ont permis d’atteindre, voire de dépasser légèrement, les objectifs de production annuelle fixés dans la SNDR. En poursuivant sur cette voie — en facilitant l’accès à des intrants de qualité, en renforçant la mécanisation, les équipements, la gestion de l’eau et le conseil et surtout en mettant en place le « contrat-programme » liant l’Etat et l’interprofession et qui est un cadre contractuel d’une durée de cinq ans visant, sur une approche basée sur les résultats, à coordonner les interventions, clarifier les responsabilités et mobiliser efficacement les ressources nécessaires. — nous pouvons envisager avec confiance la réalisation des objectifs de la SNDR.