South Sudan, March 2026 (French version)
ENTRETIEN AVEC LE RESPONSABLE DE LA STRATÉGIE NATIONALE DE DÉVELOPPEMENT DU RIZ (SNDR) DU SOUDAN DU SUD, M. ALFRED WANI
Au Soudan du Sud, le riz est de plus en plus considéré comme un aliment de base. Ces dernières années, l’évolution des modes de vie et l’urbanisation rapide ont incité de nombreuses personnes à privilégier les repas rapides et faciles à préparer, et le riz répond parfaitement à ce besoin. Avec la croissance démographique soutenue, la consommation de riz n’a cessé d’augmenter. Cependant, la production nationale ne parvient pas à satisfaire la demande, et le déficit qui en résulte est en grande partie comblé par les importations.
Face à l’ampleur de ce défi et à la pression exercée sur les ressources publiques limitées pour financer les importations de riz, le Soudan du Sud a importé pour 4 millions de dollars de riz en 2021. En conséquence, un changement de politique significatif s’est opéré ces dernières années. Le gouvernement du Soudan du Sud accorde désormais une plus grande importance au développement de la riziculture, une culture auparavant moins prioritaire que d’autres céréales comme le maïs, le sorgho et le millet. La demande intérieure croît de 23 000 tonnes par an et la consommation moyenne par habitant est estimée à 3 kg par an (BAD, 2013).
Dans cet entretien mené par le Dr Mike Nasamu, conseiller régional principal de la Coalition pour le développement du riz en Afrique (CARD), M. Alfred Wani, point focal de la Stratégie nationale de développement du riz (SNDR), revient sur l’histoire et les origines de la riziculture au Soudan du Sud. Il explique que le riz y est principalement cultivé à des fins de subsistance, caractérisées par l’utilisation de semences de mauvaise qualité, une mécanisation limitée, des infrastructures d’irrigation insuffisantes et un système de recherche et de vulgarisation peu développé. Ces contraintes expliquent la faible productivité et la commercialisation limitée du secteur rizicole.
Malgré ces défis, M. Wani brosse un tableau optimiste de l’avenir. Il souligne les vastes étendus du Soudan du Sud présentant une écologie favorable à la riziculture, notamment les bas-fonds pluviaux, les plateaux, les plaines irrigables, , ainsi que l’engagement renouvelé du gouvernement et des partenaires au développement pour renforcer le secteur. Grâce à des systèmes semenciers améliorés, une mécanisation accrue, des investissements accrus dans la recherche et la vulgarisation, et une participation plus forte du secteur privé, la filière rizicole recèle un potentiel considérable pour améliorer la sécurité alimentaire nationale, réduire la dépendance aux importations, créer des emplois et stimuler la croissance économique rurale. Il ressort de l’entretien que le gouvernement du Soudan du Sud accorde une attention particulière au développement de la filière rizicole par le biais de programmes gouvernementaux tels que des campagnes de sensibilisation pour promouvoir le riz local et des actions de sensibilisation urbaines pour encourager les consommateurs à privilégier un riz frais et local plutôt que du riz importé.
L’entretien a été mené au centre de formation de la JICA à Tsukuba, au Japon.
Aperçu général du riz dans le pays
Selon M. Wani, au Soudan du Sud, le riz est principalement cultivé selon un système pluvial à petite échelle, avec une irrigation limitée et une faible mécanisation. La production demeure modeste, les importations couvrent la majeure partie des besoins de consommation. Le riz est de plus en plus consommé dans les zones urbaines, apprécié pour sa praticité et sa contribution à la diversification culturelle. Le gouvernement et ses partenaires encouragent son développement grâce à des semences améliorées, des formations et des infrastructures afin de renforcer la sécurité alimentaire nationale.
(A) Quelle est l’histoire de la riziculture dans le pays ? Quand est-elle devenue une culture de base ici ?
La riziculture au Soudan du Sud a débuté dans les années 1940, sous domination anglo-égyptienne, grâce à de petits systèmes d’irrigation. Elle est devenue, dans une certaine mesure, un aliment de base à partir du début de l’année 1972, lorsque le Soudan du Sud a accédé à l’autonomie, principalement dans les zones urbaines telles que Juba, Yei, Malakal et Wau. L’urbanisation et les importations ont ainsi considérablement accru la consommation de riz.
(B) Comparaison avec d’autres cultures de base en termes d’importance dans le pays ?
Au Soudan du Sud, le riz figure parmi les quatre principales céréales de base. Son importance croît, notamment dans les villes, mais la production nationale reste faible et les importations couvrent la majeure partie de la demande. Sa valeur stratégique s’accroît à mesure que le gouvernement privilégie la diversification et la sécurité alimentaire.
(C) Les principaux acteurs impliqués dans ce secteur
Les producteurs sont principalement de petits exploitants agricoles ; les transformateurs comprennent des rizeries locales et des investisseurs privés émergents ; les distributeurs sont des négociants et des grossistes urbains ; les consommateurs sont des ménages urbains, des institutions et des marchés en pleine croissance qui adoptent de plus en plus le riz aux côtés des aliments de base traditionnels.
(D) Production de riz : autosuffisance vs dépendance aux importations ?
La production nationale de riz est largement inférieure à la demande intérieure ; 38 000 tonnes ont été produites en 2024, ne couvrant qu’une faible part d’une consommation de 92 950 tonnes. Le Soudan du Sud n’est pas encore autosuffisant et dépend fortement des importations, notamment pour les marchés urbains, ce qui fait du riz l’un des aliments de base les plus dépendants des importations du pays.
Défis et opportunités
(A) Quels sont les trois (3) principaux défis auxquels les riziculteurs du pays sont confrontés aujourd’hui ?
Wani a expliqué que les riziculteurs sont confrontés à un accès limité à : i ) des semences et des engrais de qualité ; ii ) une mécanisation minimale qui maintient les coûts de main-d’œuvre élevés ; et iii) des infrastructures d’irrigation inadéquates. Le financement est rare, ce qui freine l’expansion, tandis que le mauvais état des routes et la faiblesse des services de vulgarisation agricole limitent davantage la productivité et l’accès aux marchés.
Quelles sont les principales contraintes auxquelles sont confrontés les chercheurs ?
Les chercheurs sont confrontés à des financements limités, à des infrastructures de laboratoire et de terrain insuffisantes, à des données rares et à un nombre restreint d’essais à long terme. L’insécurité limite l’accès aux sites, tandis que le manque de coordination et de spécialistes qualifiés en riziculture entrave le développement, l’adaptation et la diffusion des technologies à l’échelle nationale.
(B) Quels sont les défis liés au remplacement du riz importé par du riz local ?
Le remplacement des importations est freiné par une faible production nationale, une qualité inconstante, une capacité de transformation limitée, une irrigation restreinte, des coûts élevés et des liens commerciaux ténus. La préférence des consommateurs pour le riz poli importé et la fragilité des chaînes d’approvisionnement nuisent davantage à la compétitivité du riz local.
(C) Existe-t-il des initiatives visant à promouvoir la consommation de riz local plutôt que de riz importé ?
Oui, les programmes gouvernementaux, le soutien des donateurs et les campagnes de sensibilisation promeuvent le riz local grâce à des semences améliorées, une meilleure transformation, la mise en valeur de la marque et le développement des marchés. La sensibilisation des consommateurs urbains les encourage à privilégier le riz frais et local plutôt que les importations.
(D) Existe-t-il des opportunités significatives de croissance ou d’amélioration pour le secteur rizicole ici ?
Les principales opportunités résident dans le développement de l’irrigation, l’amélioration des systèmes semenciers, le renforcement des services de mécanisation, la modernisation des procédés de transformation et de conditionnement, ainsi que la mise en place de solides liens commerciaux. L’investissement dans la recherche et la participation du secteur privé peuvent stimuler la productivité, la qualité, la compétitivité et la croissance globale de la filière rizicole.
CARD et SNDR
(A) Quels sont les principaux avantages à adhérer à CARD ?
L’adhésion à CARD offre une collaboration régionale renforcée, un meilleur accès à l’expertise technologique, des stratégies améliorées en matière de semences et d’irrigation, un soutien politique coordonné et de plus grandes opportunités d’investissement pour accélérer le développement et la compétitivité de la riziculture nationale.
(B) Quelles solutions la SNDR peut mettre en place pour stimuler la production et améliorer la compétitivité du riz local ?
La SNDR promeut des systèmes semenciers améliorés, étend l’irrigation, renforce la mécanisation, modernise les usines de transformation, améliore les services de vulgarisation et favorise les liens commerciaux et la valorisation de la marque afin de stimuler la productivité, la qualité et la compétitivité du riz produit localement à l’échelle nationale.
(C) Des attentes concernant CARD ?
Un soutien technique renforcé, une collaboration de recherche élargie.
Durabilité et perspectives
(A) Quelles mesures sont prises pour assurer une production rizicole durable au niveau national et sous-régional et pour accroître la production rizicole à court et à long terme ?
La production durable de riz est soutenue par de meilleurs systèmes semenciers, une irrigation étendue, des pratiques adaptées au climat, la mécanisation, une recherche plus forte et plus efficace, et une collaboration régionale axée à court terme sur les semences et la vulgarisation et à long terme sur l’irrigation.
(B) Quelle est votre position concernant l’agriculture inclusive ?
L’agriculture inclusive soulève des questions sur l’accès des femmes à la terre, la participation des femmes et des jeunes, le soutien aux groupes vulnérables, la distribution équitable des intrants, l’accès équitable aux marchés et la garantie que tous les agriculteurs bénéficient de la croissance du secteur rizicole.