Ghana, May 2025 (French version)

Entretien avec le Directeur des Services de Culture (DSC) du Ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture

Dr Solomon Ansah est l’actuel Directeur des Services de Culture du Ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture, et Point Focal de la Stratégie Nationale de Développement du Riz du Ghana (SNDR). Avant de devenir Point Focal de la NRDS, le Dr Solomon a été membre de l’équipe de la Task force pendant plusieurs années. Il faisait partie de l’équipe qui a rédigé la stratégie.

Dans cet entretien réalisé par le Conseiller Régional Senior de la CARD, le Dr Solomon a donné un aperçu du secteur rizicole au Ghana, les défis qui entravent actuellement le développement rapide de ce secteur et des mesures à prendre pour accélérer les progrès vers l’objectif de la SNDR : atteindre l’autosuffisance en production de riz d’ici 2028.

L’entretien a eu lieu à Koforidua lors de la formulation des notes conceptuelles de la SNDR.

Aperçu du riz au Ghana

Au Ghana, le riz est un aliment de base important, cultivé à la fois pour la consommation domestique et comme culture de rente. Sa consommation est en hausse, stimulée par la croissance démographique, l’urbanisation et le changement des habitudes alimentaires. Bien que la production locale soit cruciale, la dépendance du pays aux importations reste élevée en raison d’un écart entre l’offre locale et la demande croissante. La chaîne de valeur rizicole au Ghana regroupe différents acteurs : des agriculteurs de subsistance aux producteurs commerciaux, avec un mélange de technologies traditionnelles et modernes.

Histoire de la culture du riz dans le pays

La production de riz au Ghana remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles, où elle constituait déjà une culture alimentaire commerciale significative. Toutefois, ce n’est qu’à partir des années 1960 que le riz est devenu une culture majeure dans le pays, une grande partie provenant du Nord. Les Ghanéens préfèrent des cultures faciles à cuire et à conserver longtemps, pour pouvoir les consommer hors saison.

Comparaison du riz avec les autres cultures de base en termes d’importance

Le riz est classé comme la deuxième culture de base après le maïs. Il est consommé dans presque tous les foyers au Ghana, ce qui le rend très, très important.

Principaux acteurs du secteur

Les principaux acteurs de la filière rizicole se retrouvent à la fois dans la chaîne de valeur des semences et celle du produit : chercheurs, producteurs de semences, producteurs de paddy (riziculteurs), transformateurs, grossistes, détaillants, consommateurs et commerçants.

Niveau actuel de production nationale de riz par rapport à la demande intérieure

La production actuelle est d’environ 750 000 tonnes, tandis que la consommation atteint 1,5 million de tonnes (riz blanchi). Le pays est autosuffisant à 51 %, ce qui signifie que 49 % du riz consommé est importé.

Principaux défis auxquels sont confrontés les riziculteurs
  • Coût élevé de l’aménagement et machines et équipements inadéquats pour la production : L’aménagement coûte entre 25 000 et 50 000 GH¢ par hectare (Ministère, 2023) selon l’écologie, un coût inabordable pour la plupart des agriculteurs. Cela explique la superficie limitée actuelle.
  • Irrigation insuffisante et mauvaise gestion de l’eau : L’écologie irriguée, la plus productive (5,5 t/ha), représente moins de 10 % des terres cultivées (environ 38 000 ha). L’entretien limité des infrastructures d’irrigation existantes a également entraîné leur détérioration, ce qui affecte à son tour la productivité.
  • Mauvaise qualité des installations de transformation et de stockage : Malgré une capacité de transformation suffisante, la qualité du riz blanchi reste faible à cause du manque de tri, de manutention appropriée, de présentation et d’emballage.
  • Autres défis : Rendements faibles, accès limité aux marchés et infrastructures insuffisantes pour beaucoup de riziculteurs.
Contraintes majeures pour les chercheurs

Les chercheurs manquent de fonds pour entretenir les variétés existantes et produire des semences de qualité. Le financement de la recherche rizicole est insuffisant ; il faut des fonds dédiés.

Principaux défis pour remplacer le riz importé par du riz local

En réalité, le premier défi est que le riz importé est relativement moins cher que le riz local. Le coût de production du riz importé est très faible comparé à celui du riz local. De plus, la qualité du riz importé est relativement supérieure à celle du riz local. C’est un grand défi, et nous devons vraiment travailler sur l’amélioration de la qualité. Certaines rizeries locales manquent de trieurs, d’épierreurs, de trieuses optiques, de silos, etc. Il est également nécessaire de maintenir l’humidité relative et la température du paddy afin d’obtenir un bon rendement de décorticage. Les efforts pour promouvoir le riz local sont limités. Ce récit doit changer. Le gouvernement doit s’unir à tous les acteurs de la filière riz pour mener une promotion intensive du riz ghanéen à l’échelle nationale.

Initiatives pour promouvoir la consommation de riz local

Lors de la Journée nationale de l’agriculture, les acteurs du secteur présentent leurs produits au public. Des projets spécifiques comme le Ghana Rice Production Improvement Project (GRIP) promeuvent le riz local. L’organisme interprofessionnel du riz du Ghana (GRIB) organise un festival annuel pour cela.

Opportunités importantes pour améliorer le secteur rizicole

Des opportunités existent car nous disposons d’un certain nombre de chercheurs spécialisés dans le riz qui mènent des recherches tout au long de la chaîne de valeur, notamment dans les domaines de la sélection variétale, des études socio-économiques, des ravageurs et maladies du riz, de l’agronomie du riz, etc. Le Ghana possède un nombre important de vallées intérieures qui peuvent être aménagées afin d’augmenter la superficie dédiée à la production rizicole. Il existe également un capital humain le long de la chaîne de valeur du riz, capable de contribuer à l’augmentation de la production, de la productivité et de la rentabilité du riz ghanéen.

Avantages majeurs de l’adhésion à l’initiative CARD

Le CARD a énormément soutenu le Ghana dans l’élaboration de notre première et deuxième Stratégie Nationale de Développement du Riz (SNDR 1 et NSNDR 2). Le CARD dispose de plusieurs consultants (l’un d’eux est d’ailleurs avec moi en ce moment !) qui accompagnent le groupe de travail sur le riz au Ghana dans le développement de la NRDS et de la matrice des éléments d’intervention par sous-secteur (MNIS), afin d’identifier les lacunes liées aux domaines thématiques de la NRDS.

Le coordinateur du CARD et son équipe collaborent toujours avec nous pour nous guider dans l’élaboration de notes conceptuelles qui seront ensuite soumises aux partenaires au développement pour obtenir leur adhésion et un éventuel financement.

Le Secrétariat de la CARD a soutenu le Ghana dans l’élaboration d’une enquête de référence pour le suivi-évaluation (M&E) basée sur 12 indicateurs standards, entre autres, pouvant être utilisés pour suivre les progrès dans la mise en œuvre de la NSNDR.

La CARD organise une assemblée générale deux fois par an, réunissant tous les pays membres et les membres du comité directeur, afin de débattre des questions favorisant la production, la productivité et la rentabilité du riz.

Solutions de la NRDS pour stimuler la production et la compétitivité du riz local

La SNDR du Ghana est assez solide. Elle définit clairement les interventions stratégiques dans sept (7) domaines thématiques pour le développement de la filière riz au Ghana. Les sept domaines thématiques de la SNDR comprennent : le système semencier ; la commercialisation, la distribution et l’utilisation des engrais ; la gestion post-récolte et la commercialisation ; les investissements dans l’irrigation et le contrôle de l’eau ; l’accès aux équipements et leur maintenance ; la recherche, le développement et le transfert de technologies ; ainsi que la mobilisation communautaire. Nous avons identifié certaines lacunes dans ces sept (7) domaines thématiques, ce qui a conduit à l’élaboration de notes conceptuelles. Ces concepts seront ensuite développés en propositions complètes en vue de leur mise en œuvre.

Attentes vis-à-vis du CARD

Nous attendons du CARD qu’il continue à interagir avec nous, à nous appuyer pour mettre en œuvre le système de suivi-évaluation, et à nous guider pour accroître la production rizicole au Ghana.

Mesures pour une production rizicole durable au Ghana et dans la sous-région

Le développement et la multiplication des variétés de riz, ainsi que l’accès permanent des agriculteurs à ces variétés (à court et à long terme), sont essentiels pour maintenir la productivité au niveau national et sous-régional. De plus, le renforcement des Organisations Paysannes (OP) et des coopératives, à court et à long terme dans divers pays, leur permettra d’obtenir des intrants de production à crédit, de bénéficier d’un pouvoir de négociation sur le marché et d’avoir accès à des capacités de qualité. À court terme, il est nécessaire de moderniser les rizeries existantes et d’acquérir des équipements de pointe afin d’accroître l’efficacité du décorticage.

La chaîne de valeur du riz est dynamique. À long terme, il est nécessaire de mener des recherches sur les variétés résilientes au climat, les aspects socio-économiques, les ravageurs et les maladies, afin d’apporter des solutions aux praticiens et à l’industrie.

En raison des investissements importants requis pour l’aménagement des terres, il est nécessaire, à court et à long terme, que les gouvernements africains aménagent de vastes étendues de terres et mettent en place des cadres d’utilisation de ces terres au profit des agriculteurs.

Une grande partie des agriculteurs ont un accès limité aux services agricoles. À court et à long terme, il serait judicieux que le gouvernement s’associe au secteur privé pour renforcer les centres de services agricoles existants et en construire de nouveaux dans des zones stratégiques, afin que la majorité des agriculteurs puissent bénéficier de services de mécanisation subventionnés, d’intrants agricoles, de services de vulgarisation, etc.

Position sur l’agriculture inclusive

L’agriculture inclusive au Ghana vise à ce que chaque agriculteur – homme, femme, jeune ou personne en situation de handicap – ait un accès équitable aux ressources, aux marchés et aux opportunités, et puisse prospérer dans la filière rizicole. L’agriculture inclusive consiste à créer un accès aux ressources, aux marchés et aux opportunités, tout en autonomisant les individus au sein des communautés afin qu’ils puissent prospérer.

 

CARD avec le groupe de travail du Ghana en mai 2025

Dr Solomon Ansah, directeur des services des cultures du ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture