Private sector commitment to sustainable rice-sector financing (French version)

Le secteur privé s’engage pour un financement durable de la filière riz en Côte d’Ivoire : le financement structuré ou agrégation rizicole en première ligne

Le secteur rizicole constitue un pilier essentiel de la sécurité alimentaire et du développement économique en Afrique. Toutefois, il reste confronté à un déficit d’investissements durables, limitant sa croissance et sa résilience face aux défis climatiques et socio-économiques. L’engagement du secteur privé est crucial pour mobiliser les ressources financières nécessaires, favoriser l’innovation et promouvoir des pratiques agricoles durables. Par le biais de partenariats public-privé, il peut faciliter l’accès à des financements adaptés, soutenir la recherche de variétés résistantes, et renforcer la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’à la commercialisation. Ainsi, une implication accrue du secteur privé permet de stimuler la croissance économique, d’accroître la productivité, et d’assurer une filière rizicole résiliente et inclusive. Son rôle est indispensable pour garantir un financement durable et la sécurité alimentaire en Afrique.

 

Le cas de la Côte d’Ivoire en matière de financement structuré (agrégation rizicole) »

Le riz, pilier de la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire, est bien plus qu’un simple aliment. Il incarne l’espoir de millions de familles, la promesse d’un développement économique durable. Pourtant malgré cette importance, la production annuelle d’environ 1,4 million de tonnes, ne couvre que près de 55 % des besoins de consommation nationale. Cette situation s’explique par l’existence de nombreux défis, notamment l’accès limité au financement pour les acteurs locaux, souvent laissés pour compte

Pour répondre à ces enjeux et fort des expériences observées dans les filières agricoles industrielles, la Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture 2024-2030 (SNDR) propose une solution audacieuse : l’agrégation rizicole. Un modèle innovant qui vise à pérenniser le financement des activités rizicoles à travers la mise en relation des producteurs, des acteurs économiques et des financiers afin de donner une nouvelle impulsion à la filière, pour qu’elle devienne enfin un levier de croissance solidaire. Concrètement, ce dispositif repose sur une approche de contractualisation entre producteurs, prestataires de services (agrégés), et un acteur clé : l’agrégateur, souvent un industriel ou un transformateur, supervisé par un régulateur l’Agence pour le Développement de la Riziculture (ADERIZ).

 

L’agrégateur, pivot de la chaîne de valeur rizicole

L’agrégateur occupe une position clé dans l’organisation de la filière. En lien direct avec les producteurs en amont et les distributeurs en aval, il relie les acteurs de la filière, coordonne la chaîne de valeur, optimise l’ensemble des flux et garantit un approvisionnement en riz de qualité afin d’assurer la continuité et la performance de la chaîne de valeur.

Il agit comme un intermédiaire structurant en organisant l’accès aux intrants, la production, la collecte, la transformation et la commercialisation du riz. Ce rôle central est exercé dans un cadre contractuel sécurisé et sous la régulation de l’ADERIZ, notamment grâce à la digitalisation de la filière, qui améliore la traçabilité et la fiabilité des données économiques.

Figure 1 : modèle de financement structuré

 

La sécurisation du paddy et du riz blanchi au cœur du modèle

Dans le modèle de financement structuré, un dispositif de sécurisation encadre la collecte, le stockage, la transformation et la commercialisation du paddy et du riz blanchi. Fondé sur la traçabilité, le contrôle des stocks et la gestion des risques, il permet au paddy et au riz blanchi de servir de garanties financières auprès de la banque partenaire. Un opérateur dédié assure la mise en œuvre dudit système.

 

La digitalisation comme catalyseur : la plateforme Riz-Digit

Pour soutenir ce dispositif, l’ADERIZ a mis en place la plateforme digitale Riz-Digit. Celle-ci permet le suivi des flux de production, de commercialisation et de financement entre les différents acteurs de la filière. En renforçant la transparence et la traçabilité, elle constitue un outil clé pour sécuriser les transactions et faciliter la mobilisation de financements adaptés.

 

Des fonctions intégrées au service du financement et de la performance

Le modèle d’agrégation repose sur un ensemble de fonctions complémentaires, exercées de manière intégrée par l’agrégateur.

  • Accès au financement : en consolidant les besoins et les flux financiers, l’agrégateur facilite la mobilisation de crédits et de subventions, réduit les risques et améliore les conditions de financement pour les producteurs affiliés.
  • Accès aux intrants et à la mécanisation : il met à disposition, en temps opportun et à coûts maîtrisés, les intrants agricoles et les services mécanisés nécessaires à l’amélioration des rendements.
  • Renforcement des capacités techniques : à travers la formation, l’appui-conseil et l’introduction de solutions adaptées, l’agrégateur améliore les pratiques culturales, la qualité du paddy et la durabilité des systèmes de production.
  • Gestion de la logistique et des approvisionnements : il centralise la collecte du paddy, optimise le stockage et le transport, réduit les pertes post-récolte et sécurise l’approvisionnement de l’unité de transformation.
  • Accès au marché : par la contractualisation avec les transformateurs et les réseaux de distribution, l’agrégateur garantit des débouchés stables aux producteurs et une offre conforme aux exigences du marché.

 

Des bénéfices partagés pour l’ensemble des acteurs

Grâce à ce modèle, les producteurs bénéficient d’un meilleur accès aux intrants, de prix plus rémunérateurs et d’une organisation collective génératrice d’économies d’échelle. L’agrégateur, de son côté, sécurise son approvisionnement en paddy de qualité, facilitant la planification industrielle et la gestion des risques. Les distributeurs accèdent à une offre de riz conforme aux attentes du marché, contribuant ainsi à la stabilisation des prix et au renforcement de la sécurité alimentaire nationale.

 

Un modèle en phase test

Le modèle d’agrégation rizicole est actuellement déployé à titre pilote, avec l’appui financier de la Banque mondiale. L’objectif du pilote est de s’inscrire dans une démarche progressive de structuration des chaînes d’approvisionnement, notamment à travers la mise en place d’un fonds d’amorçage destiné à tester et ajuster le dispositif. Le modèle retenu dans le projet est schématisé ci-dessous selon les différents flux.

 

Figure 2 : Mécanisme de financement par l’agrégateur prévu par l’ADERIZ

 

Dans le modèle retenu, un fonds d’amorçage est logé au sein d’une structure financière afin d’appuyer le financement des activités de production, de transformation et de commercialisation du riz. Ce fonds vise à sécuriser le préfinancement de la chaîne de valeur et à faciliter l’intervention des institutions financières.

Une fois les ressources financières mobilisées et l’ensemble du dispositif contractuel enregistré dans la plateforme riz-DIGIT (identification et contractualisation des acteurs, géoréférencement des sites de production, enregistrement des objectifs de production, etc.), les agrégateurs sollicitent l’institution financière pour appuyer les producteurs. Cet appui porte principalement sur l’acquisition d’intrants agricoles, l’accès aux prestations de mécanisation ainsi que la capacitation technique des producteurs.

Les producteurs, bénéficiant de cet accompagnement, assurent la production et vendent leur paddy à l’agrégateur, conformément aux engagements contractuels. Le paiement du paddy est effectué au comptant, à partir des ressources mobilisées par l’agrégateur auprès de l’institution financière. Les stocks de paddy ainsi constitués sont placés sous tierce détention, afin de sécuriser les opérations et de réduire le risque financier.

Le paddy collecté est ensuite usiné par l’agrégateur pour être transformé en riz blanc, qui est commercialisé auprès des distributeurs. Les recettes issues de la vente permettent à l’agrégateur de rembourser l’institution financière, de reconstituer le fonds d’amorçage et d’assurer la continuité du mécanisme.

Ce dispositif, coordonné et supervisé par l’ADERIZ, permet ainsi de structurer les flux matériels, financiers et d’information, de sécuriser les relations entre acteurs et de garantir la pérennité du cycle de financement au sein de la filière rizicole.

Les résultats de cette phase expérimentale seront déterminants pour évaluer la pertinence du modèle et envisager sa généralisation. À terme, l’agrégation rizicole pourrait s’imposer comme un levier majeur de transformation durable de la filière riz en Côte d’Ivoire.

Au regard du dispositive de financement structuré que l’ADERIZ cherche à mettre en place, il ressort que l’implication effective du secteur privé dans la filière riz ne doit pas être perçue comme une question d’économie mais un enjeu de souveraineté, d’emploi et de stabilité pour le pays. C’est de cette manière que la filière riz pourrait enfin s’élever comme un symbole de résilience et d’autonomie, guidée par l’engagement du secteur privé, la volonté politique et l’innovation technologique. L’avenir de la riziculture ivoirienne se joue à travers la mise en œuvre de ce dispositif. Elle a besoin de tous : des acteurs, des décideurs, des partenaires. Ensemble, ils peuvent bâtir une filière forte, équitable, capable de nourrir la nation et de faire rayonner l’économie ivoirienne sur la scène africaine.