Sierra Leone, May 2026 (French version)
Entretien avec le Point Focal de la Stratégie nationale de développement de la Riziculture (SNDR) de la de Sierra Leone : Dennis Philip Yaw Yankson
De la dépendance aux importations vers l’autosuffisance : le défi de la Sierra Leone dans la promotion de la production locale de riz
Cet entretien a été mené par le Dr Michael Nasamu, conseiller régional principal de la CARD, lors de la formation de la JICA sur la Promotion du développement rizicole pour les pays d’Afrique subsaharienne, qui s’est tenue au centre de Tsukuba , au Japon, en février 2026, au cours duquel , le point focal du NRDS pour la Sierra Leone, a présenté une perspective du secteur rizicole, les défis actuels et des actions nécessaires au développement du secteur rizicole dans le pays.
En Sierra Leone, le riz constitue l’aliment de base principal et, par conséquent, la culture la plus importante pour la population. Il est consommé quotidiennement par la presque tous les ménages. La Sierra Leone figure parmi les plus grands consommateurs de riz d’ Afrique subsaharienne , avec une consommation annuelle de 131 kg par habitant. Alors que le pays cherche à réduire sa sa dépendance aux importations de riz, le renforcement de la production locale est devenu une priorité nationale.
1. Le riz comme aliment de base en Sierra Leone
La production de riz en Sierra Leone est principalement pluviale, la majorité des agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance . Les écosystèmes de production comprennent les zones de plateau (upland) , caractérisé principalement par la culture sur brûlis, les bas-fonds intérieurs, les bolilands (zones marécageuses saisonnières, , les mangroves et les plaines herbeuses riveraines.
Le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire (MAFS) promeut la riziculture de de bas-fond, notamment lés bas-fond intérieurs , en raison de son fort potentiel de productivité, de ses cycles de cultures multiples et de sa disponibilité sur l’ensemble du territoire. Le MAFS décourage la riziculture de plateau en ne fournissant aux agriculteurs que des variétés adaptées aux bas-fond, afin réduire la déforestation et ses conséquences.
1a) Les principaux acteurs impliqués dans ce secteur (producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs)
Les principaux acteurs du secteur rizicole sierra-léonais sont essentiellement les petits exploitants agricoles, les transformateurs et les distributeurs. Quelques entreprises privées s’engagent désormais dans une production à moyenne et grande échelle. Les distributeurs sont principalement des commerçants locaux et des entreprises privées, tandis que les consommateurs sont les ménages et les institutions publiques telles que les écoles, les centres pénitentiaires, etc.
1b) Le niveau actuel de la production nationale de riz par rapport à la demande intérieure et à l’autosuffisance
La superficie totale cultivée est passée de 511 430 hectares à 636 473 ha entre 2022 et 2024. La production de paddy a progressé graduellement, passant de 1 315 368 tonnes en 2023 à 1 382 854 tonnes en 2024, tandsi que le rendement est passé de 2,13 tonnes à 2,19 tonnes, soit une hausse de 1,53 % (Rapport 2024 sur les rendements et la production agricoles en Sierra Leone, MAFS).
La production locale de riz demeure inférieure à la consommation nationale ; le déficit est donc comblé par les importations. Le volume des importations de riz a diminué, de 386 437 tonnes en 2021 à 361 322 tonnes en 2024, soit environ 30 % des besoins nationaux. Cette baisse s’accompagne d’une diminution de la valeur des importations, qui est passée de 166 546 983 dollars US en 2023 à 159 143 199 dollars US en 2024 (Ministère du Commerce et de l’Industrie, 2025). L’autosuffisance a progressé, passant de 56,3 % en 2019 à environ 72 % en 2024.
2. Défis qui entravent les progrès vers l’autosuffisance
2a) Les principaux défis pour les riziculteurs
Les trois (3) principaux défis auxquels sont confrontés les riziculteurs comprennent, i) l’accès limité aux intrants agricoles, c’est-à-dire aux machines/équipements, aux semences améliorées, les engrais et pesticides, ainsi qu’à leurs coûts élevés ; ii) l’accès limité aux services financiers et iii) le changement climatique.
2b) Principales contraintes rencontrées par les chercheurs
Les principales contraintes auxquelles sont confrontés les chercheurs en riziculture sont l’insuffisance des financements alloués aux activités de recherche, le manque d’infrastructures adéquates telles que des laboratoires avancées et des installations de stockage/banques de gènes modernes, ainsi que le nombre limité de chercheurs formés et qualifiés.
2c) Les défis liés au remplacement du riz importé par du riz local
Yankson a souligné que si la stratégie « Nourrir la Salone » (2023-2028) vise à réduire les importations, le remplacement du riz importé par du riz local demeure un défi majeur. Les coûts de production élevés, combinés à de faibles rendements, entraînent une faible disponibilité du riz local et, par conséquent, des prix de marché élevés. Les infrastructures modernes de ,de stockage sont limitées, entraînant d’importantes pertes post- récolte et une qualité insuffisante. La dépendance la production pluviale, le faible investissement dans les infrastructures d’irrigation, le mauvais état des routes ainsi que l’augmentation des coûts de transport limitent également la la faible disponibilité du riz local sur les marchés urbains.
3. Possibilités de promouvoir l’autosuffisance rizicole
3a) Promouvoir la consommation du riz local
Les initiatives actuelles sont portées par la stratégie « Feed Salone », visant à accroître la quantité et la qualité du riz local. En 2023, le gouvernement a mis en place des réformes réglementaires pour stimuler la production locale et réduire les importations. La politique relative aux importateurs de riz a pour objectif de réduire ces importations et d’inciter les importateurs à participer à la chaîne de valeur rizicole afin d’augmenter l’offre locale ; cette participation est désormais une condition préalable à l’obtention d’une licence d’importation. La politique d’alimentation institutionnelle vise à accroître la part des aliments produits localement dans les régimes alimentaires des institutions publiques, telles que les écoles et les centres pénitentiaires, et à réduire les dépenses liées aux importations.
3b) Opportunités d’investissement dans le sous-secteur du riz
D’importante opportunités de croissance dans le secteur rizicole de la Sierra Leone à travers l’intensification de la production, l’amélioration des rendements, la modernisation des infrastructures de transformation et de la gestion post-récolte et la commercialisation, y compris la recherche et la participation du secteur privé. Les principaux investissements comprennent la mécanisation agricole, le développement et la réhabilitation des systèmes d’irrigation , ainsi que le renforcement de la chaîne de valeur locale du riz afin de substituer les importations. Des investissements dans le système semencier d’intrants sont nécéssaires pour accroître l’offre de semences certifiées de haute qualité et de variétés résilientes, ainsi que d’engrais et pesticides pour améliorer la productivité. Des investissements dans la mécanisation, l’irrigation et les infrastructures de de transformation sont indispensables pour améliorer la qualité du riz local et le rendre compétitif face au riz importé. Une augmentation des investissements des bailleurs de fonds et du secteur privé est crucial pour l’avenir.
4. Contribution de la CARD à travers la SNDR
4a) Les principaux avantages de l’adhésion à la CARD
L’appui de la CARD au développement et à la mise en œuvre de la SNDR a permis au pays d’identifier les défis du secteur rizicole et de proposer des actions stratégiques pour y répondre. La CARD a également soutenu le renforcement des capacités techniques des principaux acteurs ainsi que le partage d’expériences entre les pays membres.
4b) Priorités stratégiques dans le cadre de la SNDR
La SNDR met clairement en évidence les domaines d’investissement visant à accroître la production rizicole et améliorer la compétitivité. Ceux-ci incluent l’augmentation les superficies cultivées et les rendements, la promotion des variétés améliorées à haut rendement, le développement des infrastructures d’irrigation pour une meilleure gestion de l’eau et la polyculture, promotion de techniques agricoles résilientes au changement climatique, associées à la mécanisation et à des installations de gestion post- récolte utilisant des équipements modernes afin d’accroître la compétitivité.
4c) Les prochaines étapes avec la CARD
La Sierra Leone souhaite que la CARD poursuive son appui en vue d’atteindre son objectif d’autosuffisance en riz, grâce à un soutien technique permettant d’augmenter les rendements et à réduire les importations, notamment à travers le plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers pour stimuler les investissements.