Cote d’Ivoire, December 2025 (French version)

Interview du Point Focal de la Côte d’Ivoire

Côte d’Ivoire : Pays où le défi du ‘Consommons le riz de chez nous’ devient le moteur d’une nouvelle dynamique nationale”

 

Présentation du Point Focal

Je suis Yacouba Dembélé, Directeur Général de l’Agence pour le Développement de la Filière Riz (ADERIZ). L’ADERIZ est issue de l’Office National de Développement de la Riziculture (ONDR). En 2019, le statut de l’ONDR a été réformé pour faire de l’ADERIZ une agence d’exécution, dotée de davantage d’autonomie et de responsabilités, afin de mieux répondre aux missions qui lui sont confiées. L’ADERIZ a pour rôle de coordonner et réguler l’ensemble des activités de la filière riz, sur toute la chaîne de valeur. Elle ne produit pas, ne transforme pas et ne commercialise pas directement le riz, mais veille à ce que chaque acteur dispose des meilleures conditions pour exercer son activité de manière rentable, dans l’objectif commun d’atteindre l’autosuffisance en riz.

 

Le Riz, un aliment de base en pleine évolution

Présent dans l’alimentation ivoirienne bien avant l’indépendance, notamment dans les zones du Centre-Ouest et de l’Ouest, où certaines communautés avaient une véritable culture du riz, le riz s’est imposé comme un produit essentiel sur tout le territoire. D’abord consommé lors des fêtes dans certaines régions, il est devenu aujourd’hui la première culture vivrière, préférée devant le maïs. L’urbanisation et la vie moderne ont accéléré cette transition, faisant du riz un aliment quotidien pour toutes les classes sociales. En effet, le riz s’est imposé comme un aliment facile à préparer, à conserver et adapté aux modes de vie urbains.  Ainsi, en termes de consommation, le riz occupe aujourd’hui la première place en Côte d’Ivoire. Il est suivi par le maïs, qui joue également un rôle important, notamment dans l’alimentation humaine et animale. Le riz demeure toutefois le principal produit vivrier consommé par l’ensemble de la population.

 

Une production en progression couplée à un déficit persistant 

En 2024, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 547 000 tonnes de riz blanchi, correspondant à 2 381 000 tonnes de paddy. L’essentiel de la production est issue de la maitrise partielle et totale de l’eau, permettant plusieurs cycles par an. (30 000 hectares de superficies irriguées, 430 000 hectares de bas-fonds pluviaux et  près de 350 000 hectares de plateaux). Cependant, la demande dépasse encore l’offre, avec un déficit d’environ 900 000 tonnes, compensé par des importations.

 

Le riz une filière importante sur le plan socio-économique

S’agissant de l’importance du riz, il faudra noter que le riz joue un rôle important sur le plan social car étant de venu un aliment incontournable, consommé quotidiennement par toutes les couches sociales. Sur le plan économique, le riz est une culture structurante. Il génère des emplois sur l’ensemble de la chaîne de valeur. C’est l’une des rares filières où l’ensemble du cycle est réalisé localement, ce qui favorise une redistribution des richesses et le dynamisme du milieu rural.

 

Défis et opportunités

Les principaux défis sont :

  • L’accès aux semences certifiées, un défi en grande partie résolu grâce aux investissements récents dans les centres de production de semences et les laboratoires de certification.
  • La mécanisation, dont le taux reste encore faible, bien que des progrès soient en cours.
  • La maîtrise de l’eau, qui demeure le défi majeur et nécessite des investissements importants et durables.

A côté de ces défis, il est à faire remarquer que l’une des principale contrainte de la filière est liée au fait que la recherche a souffert, par le passé, d’un manque de coordination institutionnelle, d’une dégradation des infrastructures et d’un déficit d’investissements.
Depuis le retour de la recherche agricole (CNRA) sous la tutelle du ministère d’Etat, ministère de l’Agriculture, du développement et des productions vivrières (MEMINADERPV), une reprise est observée, mais des efforts importants restent nécessaires pour réhabiliter les centres, renforcer les équipements et reconstituer les ressources humaines.

 

Opportunités à saisir

Le potentiel du secteur est considérable : ressources agro-écologiques, réseau de semences performants, capacités de transformation accrues, modernisation de la production, dispositifs de financement structurés et implication du secteur privé. Ces atouts offrent de solides perspectives pour l’avenir.

 

La substitution du riz importé par le riz local : un enjeu de qualité

Pour substituer le riz local au riz importé le principal défi réside dans sa qualité et la compétitivité. En effet, le consommateur ivoirien est exigeant, tant sur le plan de la qualité visuelle, gustative et technologique que sur le prix. Pour substituer efficacement le riz importé, le riz local doit répondre aux mêmes standards de qualité tout en restant compétitif. Allant dans cette dynamique, plusieurs initiatives, pour promouvoir le riz local, sont menées, notamment par le Projet de promotion du Riz Local (PRORIL), soutenu par la coopération japonaise (JICA) ainsi que plusieurs autres projets.

 

CARD et SNDR

La CARD favorise le partage d’expériences, l’identification des bonnes pratiques et des échecs à éviter, ainsi qu’une meilleure lisibilité des défis de la filière. Elle facilite également la mobilisation de partenaires techniques et financiers pour combler les insuffisances identifiées dans les plans nationaux. Au regard du rôle de la CARD, la Côte d’Ivoire attend de la Coalition un approfondissement des réflexions, notamment sur les mécanismes de financement agricole, et d’autres points qui méritent l’attention. La formation des ressources humaines engagées dans les politiques rizicoles est aussi un élément capital pour lequel la CARD devrait continuer de s’investir.

La SNDR 2, pour sa part, contrairement à la précédente (SNDR 1), repose sur une approche plus mature et structurée, fondée sur : (i) le développement des semences certifiées, (ii) la mécanisation via des prestataires spécialisés, (iii) la réhabilitation et l’extension des périmètres irrigués, (iv) l’amélioration de la transformation, (v) financement de l’exploitation agricole, identifié comme un levier clé pour atteindre l’autosuffisance et (vi) Un modèle d’agrégation dont les principaux acteurs sont les usiniers.

 

Mesures prises permettant l’atteinte des objectifs de la SNDR ?

Les actions structurantes de la filière reposent principalement sur la disponibilité des semences, la mécanisation et la maîtrise de l’eau. Toutefois, au-delà de ces acquis, un enjeu majeur demeure : la régulation des importations. Cependant, l’ensemble des acteurs de la filière exprime le besoin d’une implication accrue de l’État, afin d’assurer une meilleure visibilité et une meilleure adéquation entre les volumes importés et la production locale. L’absence de données fiables sur les stocks et les flux d’importation entraîne des déséquilibres du marché, affectant la compétitivité du riz local. Une maîtrise plus rigoureuse des importations et des coûts à l’entrée du riz importé constituerait un levier déterminant pour soutenir durablement la production nationale et renforcer la compétitivité du riz local.

 

Durabilité et perspectives

Les perspectives d’une durabilité de la filière se manifestent :

  • Au niveau national, les dispositions prises avec le privé pour renforcer la maîtrise de l’eau, la mécanisation et la disponibilité de semences de qualité. À elle seule, l’amélioration de l’accès aux semences peut permettre d’augmenter la production nationale de riz d’environ 30 %, soulignant son rôle stratégique dans l’atteinte de l’autosuffisance.
  • Au niveau sous-régional, l’enjeu est de renforcer la complémentarité entre les pays, en valorisant les atouts spécifiques de chacun. Par exemple, une partie du paddy produit en Côte d’Ivoire est exportée vers les pays voisins, notamment la Guinée. Dans un cadre mieux organisé, la Côte d’Ivoire pourrait tirer parti de ses capacités de transformation, tandis que d’autres pays disposant de vastes superficies agricoles pourraient renforcer la production. Une telle approche permettrait de dépasser la seule autosuffisance nationale pour viser une autosuffisance régionale, en mutualisant les ressources, les expertises et les capacités La CARD peut jouer un rôle clé dans la structuration de cette dynamique, afin de répondre plus efficacement aux besoins croissants de l’Afrique de l’Ouest.