Equatorial Guinea, October 2026 (French version)
Au cœur du développement de la filière rizicole en Guinée équatoriale
Entretien avec M. Domingo Bacale Nguema Angono, Point focal de la Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture (SNDR) en Guinée équatoriale
Ingénieur agronome de formation, M. Domingo Bacale Nguema Angono travaille au sein du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage, des Forêts et de l’Environnement. Il est basé sur le site pilote de Dumasi, où sont menées les premières initiatives de production rizicole du pays. Son implication directe dans cette expérience a conduit à sa désignation comme Point focal de la SNDR en Guinée équatoriale, avec pour mission d’accompagner la dynamique naissante de développement de la filière rizicole.
La Guinée équatoriale rejoint la CARD
La Guinée équatoriale a rejoint la Coalition pour le Développement de la Riziculture en Afrique (CARD) en mars 2026, lors de la 10ᵉ Assemblée générale organisée à Madagascar, à la suite d’une demande du Gouvernement.
Le pays ne dispose pas encore d’une Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture (SNDR), mais le processus de son élaboration devrait prochainement démarrer afin de poser les bases du développement de la filière rizicole.
Le riz : largement consommé, mais encore très peu produit dans le pays
En Guinée équatoriale, le riz fait désormais partie des habitudes alimentaires quotidiennes. Aux côtés du manioc, de la patate douce, de la banane plantain, du taro et d’autres aliments de base, il occupe une place importante dans l’alimentation des ménages, notamment dans les grandes villes comme Malabo et Bata.
Pourtant, la majeure partie du riz consommé reste importée. De manière générale, la production agricole nationale couvre moins de 4,15 % des besoins du pays, ce qui fait de la réduction de la dépendance aux importations un enjeu majeur (source : ministère de l’Agriculture, de l’Élevage, des Forêts, de la Pêche et de l’Environnement).
Cette situation s’explique en partie par l’histoire agricole du pays. Pendant de nombreuses années, l’agriculture s’est principalement orientée vers les cultures d’exportation, notamment le cacao, le café et la noix de coco. La riziculture est, quant à elle, restée peu développée, alors même que le riz occupait progressivement une place croissante dans les habitudes alimentaires de la population.
La Guinée équatoriale demeure ainsi fortement dépendante des importations de riz, qui ont atteint environ 48,088 tonnes en 2024. Avec une population estimée à 1,99 million d’habitants en 2026, la consommation annuelle de riz est évaluée à environ 24 kg par personne.
Ces chiffres mettent en évidence l’importance de développer la production rizicole nationale afin de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations et de renforcer sa sécurité alimentaire.

Carte : Localisation de la Guinée équatoriale en Afrique.
Un aliment incontournable au quotidien et lors des grandes cérémonies
Le riz blanc bouilli reste de loin la forme de riz la plus consommée. Il accompagne généralement les plats de poisson ou de viande, ainsi que les sauces à base d’arachide, souvent servis avec de la banane plantain ou du manioc.
Le riz au lait de coco est également consommé et, dans les zones urbaines, le jollof rice gagne progressivement en popularité sous l’influence des cuisines d’Afrique de l’Ouest.
Bien qu’aucune fête ne soit spécifiquement consacrée au riz, celui-ci occupe une place importante lors des mariages, des funérailles et de diverses célébrations.
Pour les familles, le riz représente avant tout un aliment de base pratique et rassurant. Comme l’explique le Point focal, disposer d’un sac de riz à la maison signifie avoir la certitude de pouvoir préparer rapidement un repas pour toute la famille.
Dumasi, un site pionnier de la production rizicole locale
Situé dans le district de Niefang-Yeanvam, Dumasi accueille l’une des premières initiatives de production rizicole du pays. C’est sur ce site que travaille M. Domingo Bacale Nguema Angono, directement impliqué dans les activités de terrain.
Cette expérience a naturellement conduit à sa désignation comme Point focal de la CARD en Guinée équatoriale.
Un projet unique est actuellement à l’étude, avec pour objectif l’aménagement de 150 hectares. Il vise à introduire des méthodes de production plus modernes dans un secteur agricole encore largement dominé par les exploitations familiales et caractérisé par une faible mécanisation.
L’objectif est de produire 1,000 tonnes de riz sur ces 150 hectares, à raison de deux cycles de culture par an.
Pour le Point focal, le simple fait de voir le riz pousser et être récolté à Dumasi représente déjà une avancée importante. Les premières récoltes suscitent l’intérêt de la population et permettront surtout de démontrer qu’il est possible de produire du riz dans le pays.
Des atouts naturels importants, mais une filière encore à construire
La Guinée équatoriale dispose néanmoins d’atouts naturels considérables. Son climat chaud et humide, l’abondance de ses ressources en eau et ses quelque 850,000 hectares de terres propices à l’agriculture, dont une grande partie reste aujourd’hui inexploitable, offrent de réelles perspectives de développement agricole.
Le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en production effective.
Cela nécessitera notamment une main-d’œuvre davantage qualifiée, des financements, des machines et équipements agricoles, ainsi qu’une amélioration des infrastructures de transport.
Il faudra également développer des compétences spécifiques en riziculture et renforcer progressivement les capacités de transformation et de commercialisation du riz produit localement.
Produire davantage pour réduire la dépendance aux importations
Le développement de la riziculture répond à une ambition simple : produire davantage localement afin de renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, tout en réduisant la dépendance aux importations.
Les perspectives du projet sont encourageantes. L’objectif est de développer progressivement la production nationale, avec la possibilité de réaliser plusieurs campagnes rizicoles par an.
Cette initiative devrait ainsi contribuer à satisfaire une partie des besoins du pays en riz.
Une Commission technique mise en place par le Gouvernement est chargée d’examiner la faisabilité du projet, son calendrier de mise en œuvre ainsi que les retombées économiques attendues.
Avec la CARD, poser les bases d’une véritable filière rizicole
L’adhésion de la Guinée équatoriale à la CARD marque ainsi une nouvelle étape.
Pour un pays où la riziculture en est encore à ses débuts, l’enjeu ne consiste pas seulement à commencer à produire du riz, mais surtout à construire progressivement une filière rizicole structurée et durable.
L’une des prochaines étapes sera le lancement du processus d’élaboration de la SNDR, avec une première mission préparatoire prévue en novembre 2026.
Ce processus permettra au pays de définir ses priorités, d’identifier les investissements nécessaires et de mobiliser les différentes parties prenantes autour d’une vision commune.
Pour la Guinée équatoriale, l’aventure ne fait donc que commencer. Mais les premières expériences montrent déjà que la production locale de riz est possible.
Grâce à ses terres disponibles, à l’abondance de ses ressources en eau et à sa volonté de redynamiser l’agriculture, le pays dispose aujourd’hui d’une opportunité de faire progressivement de la riziculture une filière nationale contribuant à la sécurité alimentaire et à la diversification de son économie.